Le pays des loups - Tunde Farrand - Anne carrière - les-carnets-dystopiques.fr

Le pays des loups – Tünde Farrand

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Le pays des loups

Le pays des loups est le premier roman (dystopique) écrit par Tünde Farrand, une écrivaine anglaise d’origine hongroise.
Il s’agit d’un récit se déroulant dans un futur (très) proche, aux alentours de 2050 à Londres et dans la banlieue de celle-ci. La société de consommation a atteint son paroxysme et le « nouveau système » a établit sa hiérarchie sociale en fonction de la capacité à dépenser des individus. Alice, dont le mari a mystérieusement disparu, ouvre lentement les yeux sur ce monde ou la population est concentrée dans les villes.
Mieux vaut ne pas s’aventurer à l’extérieur, car là-bas rôdent désormais les loups, monstrueux et sanguinaires.

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Une chronique imprudente rédigée par Julien Amic

 

Un extrait de « Le pays des loups » …

 

« (…) j’entrevois avec étonnement les ruines d’une petite ville. Comme tout le reste elle a dû être abandonnée lorsque la population a été contrainte d’emménager dans les mégacités, à l’avènement du nouveau système. Je distingue les vestiges d’anciennes autostrades, désormais presque littéralement recouvertes par les mauvaises herbes, et les maisons mitoyennes à demi effondrées, plantées telles des pierres tombales à la mémoire d’un temps révolu. Des carcasses de voiture aux pneus crevés, délavées par les intempéries, jalonnent les rues étroites (…). La tristesse plane sur cette ville fantôme, clamant la victoire de la destruction. »

 

Présentation de Le pays des loups

Un teaser pour vous donner envie…

(Si vous souhaitez en savoir le moins possible sur le livre, lisez seulement cette partie)

 

Londres, 2050, après l’avènement du nouveau système. Le capitalisme, incapable de juguler l’écart croissant entre les conditions de vie des plus riches et celles des plus pauvres, incapable de gérer le vieillissement inéluctable de sa population, a fini par s’effondrer. Toute la population a été regroupée dans les villes, ou chacun se voit attribuer un logement gratuitement.

Le nouveau système est basé sur un principe simple : dépenser. Plus on dépense, plus on évolue socialement, depuis les « Profils 3 » logés dans de minuscules studios vers les « Profils 2 » puis, pour les plus vertueux, l’accès à la classe supérieure des « Profils 1« . Ceux qui sont incapables de concourir au bon fonctionnement de la société, qui sont dans l’impossibilité de dépenser suffisamment, se voient exclus de cette société, et deux solutions s’offrent à eux : l’exil dans la « Zone« , sorte de bidonville à la marge des grandes cités, ou bien le « Dignitorium« .

Le Dignitorium, c’est ce lieu qui permet de finir sa vie « dignement ». Le temps ou la population vieillissait dans des conditions épouvantables, parquée dans des maisons de retraite, malade, impotente, sénile et dépendante est révolu. Désormais, la retraite se fait dans les Dignitoriums ou durant neuf mois on peut profiter des plaisirs de la vie avant de terminer sa vie de manière assistée et apaisée… Certains préfèrent l’euthanasie immédiate, mais dans l’ensemble, cette fin de vie est accueillie comme un privilège dont on peut se délecter…

Alice est une Profil 2, et quelque chose d’effroyable vient d’arriver, un drame personnel qui va faire vaciller sa vie et mettre à mal tous ses rêves d’enfant. A mesure que ses yeux s’ouvrent et qu’elle entrevoit petit à petit les réalités de ce monde moderne, elle bascule et se détache peu à peu de ses croyances et des ses convictions passées.

Alors ne lui reste qu’une solution, et cette solution va l’amener hors de la ville, là ou vivent les « Possédants« , les seuls autorisés à détenir de la terre, et bien d’autres choses encore. Ils savent ce que le reste de la population ignore, ils savent pourquoi des enfants de Profils 3 disparaissent et, dans leurs grandes demeures de campagne, ils côtoient les bêtes qui rôdent dans les bois.

Entre la ville de Londres, les quartiers des Profils 3, quelques incursions dans la Zone et dans les entrailles des Dignitoriums, Alice découvre peu à peu se qui se cache au sein du prestigieux Club Primavera et dans les dernières terres sauvages, là ou vivent les loups.

« Attention ! Loups prédateurs au-delà de cette limite. »

 

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(La suite, sans révéler l’intrigue ni le dénouement, dévoile certaines parties du récit. Pour lire seulement l’analyse vous pouvez vous rendre directement ici )

 

Et au dehors, les loups !

L’histoire en détails 

 

« la guerre commence à la maison, en famille. »

Alice habite Londres en 2050, et elle prend le monorail en se souvenant de ce jour où lorsqu’elle était encore enfant, sa grande soeur Sofia avait quitté la maison en la maudissant, lui souhaitant une vie épouvantable, et rejoignant pour le reste de sa vie son compagnon, un riche Possédant. Elle avait alors choisit délibérément d’abandonner sa famille pour accéder au luxe d’une vie fastueuse dépourvue de sentiment, d’amour et de compassion mais gorgée d’envie de mégalomanie et d’égoïsme. Un chauffeur l’attend pour l’emmener chez sa soeur.

« La dernière fois que je me suis retrouvée à bord d’une voiture, j’avais sept ans. C’était dans l’ancien système, à l’époque où tout le monde avait une voiture. À présent, c’est le privilège des seuls Possédants. Ils prétendent en avoir besoin pour se protéger des loups. »

Avec son mari Philip, un architecte renommé et talentueux, Alice vivait dans le bonheur, et avait les moyens de dépenser suffisamment pour bénéficier du statut de Profil 2. Son mari était en partie réfractaire au nouveau système, et gardait toujours le recul suffisant pour ne pas se laisser aveugler par ce qu’il pensait être des mensonges, boniments et autres foutaises. Caractère sans doute hérité de son père Antonio qui avait d’ailleurs poussé plus loin la rébellion, puisqu’il avait rejoint volontairement la Zone, ou il vivait désormais à la tête d’une petite communauté de marginaux.

« Les autorités nous enseignent ce qu’elles veulent, mon enfant. Je ne regarde pas leurs documentaires et je ne lis pas leur propagande. »

Malgré cela, Philip avait accepté d’être l’architecte du tout nouveau quartier pour Profils 1 pompeusement dénommé « Paradis ». C’était un dilemme qui le torturait pourtant, car il avait fallu détruire une partie de la Zone pour construire cet ensemble, et expulser ceux qui vivaient là, les laissant en proie aux bandes armées et aux loups sanguinaires.

Il n’eut pourtant que peu de temps pour ruminer tout cela, car le jour de l’inauguration, un groupe d’activistes anti-système commit un attentat et fit sauter le nouveau bâtiment le jour de Noël.

Les « Guerriers » avaient revendiqué l’attentat. Ils s’étaient fixé pour mission de restaurer les valeurs « traditionnelles » dans la société, en assassinant ceux qui étaient sortis faire du shopping au lieu de passer Noël de manière « appropriée ».

On ne retrouva aucune trace de lui, pas même son corps disloqué dans les décombres. Le « traceur », sorte de mouchard implanté derrière l’oreille de tous les citoyens, et permettant à chaque instant de localiser chaque individu, avait cessé de fonctionner.

« Lorsqu’un traceur est désactivé, il n’y a que trois raisons possibles (…). Lorsqu’ils entrent au Dignitorium, les pensionnaires se font retirer leur traceur (…). Il arrive la même chose aux malheureux qui ne sont pas éligibles pour le Dignitorium et sont forcés de se retirer de la société ; on les largue alors dans la Zone, où ils attendent leur fin misérable, mourant de faim ou bien sous les coups d’autres exclus. La troisième possibilité, c’est qu’ils soient déjà morts. Le traceur s’éteint automatiquement lorsqu’il n’est plus alimenté par l’énergie vitale du corps. »

Alice, perdant goût à la vie, va lentement sombrer dans cette société ou il n’y a pas de place pour les non-lucratifs. Elle se retrouve incapable d’effectuer correctement son travail, commet des bourdes réprimandées par sa hiérarchie et qui finissent par l’envoyer tout droit dans un quartier de Profils 3.
Déchéance…
Elle continue de rendre visite à Antonio le père de Philip, emmenant dans la zone quelques bouteilles de bon vin, escortée par un véhicule rempli d’hommes en armes.
Jour après jour, alors qu’elle refuse obstinément de croire que Philip est mort, incapable de faire son deuil, elle se voit contrainte de sortir de cette bulle de verre où elle se trouvait jusqu’alors. Enseignante, elle bascule de la théorie à l’expérience.

« Le cours à venir est un module de citoyenneté, avec un sujet fascinant : les non-lucratifs. »

Par Antonio, elle découvre ce qu’est réellement la Zone. Dans son nouvel habitat de Profils 3, elle voit aussi l’absence d’empathie qui régit cette société, lorsque la petite Felicity et sa mère sont pointées du doigt. Felicity est trisomique, mais sa mère n’a pas voulu l’euthanasier comme cela est la norme et se voit donc contrainte de dépenser suffisamment pour obtenir le droit que toutes les deux aient un logement et le droit de rester dans la société. Sinon, ce sera le Dignitorium ou la Zone.
Parquée dans des aires de jeux pour non-lucratifs, la petite fille grandit dans le mépris de ses congénères.

« Tu ne rends service à personne, simplement en vivant (…). Tu utilises nos ressources et notre énergie, tu contribues activement au déclin de cette planète surpeuplée. À part ceux qui sont personnellement attachés à toi, tout le monde se fout que tu existes. »

Alice sombre dans la dépression et tente de garder la motivation pour avancer, avec l’aide de la vieille Mme Vogel, qui travaille dans un Dignitorium et semble savoir tant de choses qu’elle craint de révéler…  Elle a cependant toutes les peines du monde à tenir le choc, terrassée par la mort de Philip.

« (…) je crains de ne jamais me rétablir, de voir mes économies fondre comme neige au soleil et de me retrouver contrainte de choisir entre l’euthanasie instantanée et une mort retardée après neuf mois de retraite. »

Que se passe t-il lorsqu’une personne n’est plus adaptée à société, lorsqu’elle ne peut plus s’intégrer au nouveau système ? Intégrer la Zone est l’assurance de mourir en moins d’un an, de faim ou de maladie, parfois sous les coups d’autres humains… Gagner les terres sauvages alors, où rôdent les loups ? Impossible.
Il ne reste qu’une solution, la seule qui permette de partir en gardant sa dignité : le Dignitorium. Quoi qu’il en soit, Alice ne parvient pas à poursuivre comme si de rien n’était.

« Sur les écrans, les annonces pimpantes encouragent les passants à acheter tel canapé ou tel pot de crème glacée, et l’argument de la famille est martelé partout pour promouvoir la joie collective. Pour moi, ces mots ne signifient rien. »

Un évènement inattendu change brusquement la donne.  Alice a besoin d’aide pour réaliser un projet pour lequel elle mettra tout en oeuvre… Y compris tenter de renouer le contact avec sa soeur Sofia, la Possédante. Cette perspective la terrifie, mais il le faut, c’est le seul moyen.

Alice découvre successivement le monde de ceux qui vivent dans la Zone, la campagne des loups, les quartiers et la vie des Profils 3, elle côtoie aussi des Profils 1 hautains et prétentieux. Elle explore l’univers des Dignitorium et il ne lui restera à la fin qu’une terre inconnue : le monde des Possédants, où vit sa propre soeur au milieu de ses richesse et de sa haine viscérale pour sa cadette.

Il y a un voile qui s’étend devant nos yeux dans ce nouveau système. Que se passe t-il si on lève ce voile, si on laisse entrer la lumière ? Qu’est-ce qui se cache dans les ténèbres de l’ignorance et du mensonge, qu’est-ce qui attend, tapi dans l’ombre ?

« (…) un loup de plus parmi la meute »

 

Le pays des loups, capitalisme paroxystique

Analyse dystopique

 

« Qu’y a-t-il, là-dedans, d’après toi ? À l’intérieur du Club Primavera ?

Dans « Le pays des loups », on se trouve plongé dans un système socio-politique nouveau, directement dérivé du système capitaliste actuel. Certains traits typiques de l’évolution du monde actuel sont exacerbés, et d’autres sont « solutionnés ».

« Le capitalisme était devenu fou et l’élite, de plus en plus puissante et cupide. (…) Il y avait les ultra-riches, et puis il y avait le reste, dont les conditions de vie se détérioraient de jour en jour. L’élite possédait plus de quatre-vingt-dix pour cent de la terre. (…).
Nous vivions comme du bétail, comme des esclaves. (…) les personnes âgées devenaient dépendantes. »

La société de consommation n’est pas abolie, bien au contraire. Elle se défait en revanche de toute son hypocrisie passée puisque nulle part dans le récit on ne lit les termes « revenus », « salaires »… La société n’est plus basée sur le travail et le revenu, mais sur la dépense et la place dans la société : plus on dépense, plus on est utile au système, plus on grimpe dans l’échelle sociale. C’est assez simple et plus égalitaire (du moins est-ce présenté ainsi) car c’est finalement en étant utile à toute la population qu’on gagne son droit à exister dans ce monde. Le revenu universel est même mis en place, sous la forme d’un logement gratuit. Car on ne paye pas son logement, on dépense son droit à obtenir un logement gratuit… Tout est dans la manière de présenter les choses !

« Lorsque j’avais dix-huit ans, la fête de promo tant attendue marquait le commencement de la vie d’adulte. (…) on nous donnait à chacun un téléphone ID en version adulte, doté de l’appli Consomètre intégral.(…) il n’était plus bridé par la limite de dépenses fixée par nos parents. »

À l’instar de notre société actuelle, le revenu a cédé définitivement la place au « pouvoir d’achat ». Acheter, dépenser, voilà la nouvelle religion qui permet la cohésion des foules, et leur adhésion fidèle au système. Cela fait penser à certains discours sur l’Europe actuelle ou la protection de la monnaie « Euro » prend parfois (toujours ?) l’ascendant sur la protection des peuples (cf. les débats sur la dette de la Grèce). Le nouvel Opium du peuple, c’est le shopping !

Le pasteur lève la main droite et la foule se tait aussitôt.
« Dieu vous bénisse mes chers frères et soeurs. (…) Qu’avez-vous acheté, aujourd’hui? »

L’exode rural a atteint son paroxysme, et la population a été regroupée dans les villes. Dans l’intérêt général, on a abolit la propriété privée des terres, de toutes façons, elles devenaient trop chères. Le monde rural est devenu un monde purement touristique (là encore, on en est pas très loin à l’heure actuelle, dans des régions de plus en plus nombreuses, y compris en Europe, en France…) dédié à la consommation.

« (…) tous les villages restants avaient été entièrement commercialisés : les visiteurs accoutumés à la vie citadine venaient passer quelques jours dans les cottages reconvertis en maisons d’hôtes. D’autres étaient devenus des restaurants, des musées et, surtout, des boutiques de souvenirs. »

Enfin, le nouveau système a trouvé une solution au problème du vieillissement de la population : les Dignitoriums. C’est là sans doute le point clé de ce livre, la pierre angulaire, la clé de voûte. Le système est battit autour de ces lieux de retraite. Le principe est simple là encore : lorsque le corps et l’esprit se délabrent, lorsque l’on devient dépendant, pourquoi accepter de souffrir inutilement, de dépérir, de perdre la tête et devenir sénile, d’être une charge et un poids pour nos enfants ? Pourquoi choisir de s’accrocher, au fond d’une maison de retraite aux allures de mouroir, la peau fripée, les muscles fondus, les dents tombées les couches imbibées de nos propres excréments ? Sans même la capacité ou la possibilité de mettre fin à nos jours…

« C’est alors qu’ils ont délogé tous les retraités de leurs propres maisons pour les parquer dans ces infâmes maisons de retraite. (…) je n’aurais pas osé y faire vivre un chien. »

Alors dans un soucis humaniste, l’euthanasie est devenue non seulement légale, mais obligatoire. En contrepartie, les « retraités » bénéficient de 5 années de bonheur absolu dans les luxueux Dignitoriums, ou ils peuvent profiter de tous les plaisirs de la vie avant de terminer leur existence dans la joie, le renoncement, le bonheur et la sérénité, accompagnés par les personnels attentionnés de l’aile F.

« Je méprise la vieillesse, qui fait s’effondrer nos êtres chers sous nos yeux. Et qui les pousse au déni qui aveugle. »

La fin de vie n’est plus un fatalité, c’est un choix délibéré. On choisit de finir dignement, on peut même écourter le délai si on le désire.

« Vous êtes donc éligible au Dignitorium. Mais avez-vous conscience qu’il existe une alternative à la retraite ?
– L’euthanasie instantanée?
– Vous ne sentiriez rien du tout. »

Bon, bien entendu, au fil du temps, le délai est passé de 5 ans à neuf mois de retraite… Ça passe mieux en y allant progressivement, un peu comme les « réformes des retraites » actuelles… (toute ressemblance avec des faits réels serait purement fortuite…)

Et puis il y a ce système de castes avec des « Profils » de niveau 1 (les bourgeois en quelque sorte), 2 (la classe moyenne) et 3 (sorte de classe ouvrière plus pauvre). A la marge il y a les habitants de la Zone qui fait évidement tout de suite penser à la Zone du Dehors d’Alain Damasio ou se retrouvent ceux qui s’excluent eux-mêmes du système (là encore, pas très différent de notre système actuel, disons que les choses ont été clairement formalisées…). Quelque part, dans les zones sauvages, il y a les loups.

Surtout il y a une sorte d’Elite, qu’on appelle les Possédants : ils détiennent les terres et ce sont les seuls. Car tous les autres n’y ont pas droit mais se voient donc attribuer en revanche un logement gratuit. Les Possédants vivent à part, dans de grandes propriétés, et leur existence est un mystère source d’envie et de rêveries (toujours pas très différent de notre monde actuel !). Cette classe est la plus importante à découvrir dans le livre, et c’est ce qui est fait par l’intermédiaire du personnage de Sofia, celle qui a quitté le monde des profils 2 pour se marier à un Possédant, abandonnant totalement son ancienne vie, famille comprise.

« Ce qui me frappait, c’était la manière dont on nous traitait, avec le plus grand respect et la plus grande admiration, où qu’on aille. J’ai mis des années à comprendre que ce n’était que de la peur et de la soumission. »

Ces Possédants qu’on ne voit pas, on sait qu’ils se regroupent au Club Primavera, sorte de tour d’Ivoire réservée aux Possédants majeurs et dont on ignore ce qu’elle contient. A peine évoquée par moments, on se doute bien qu’elle cache l’âme de la société Possédante, d’une manière ou d’une autre.

Ce qui frappe donc rapidement à la lecture de ce livre, c’est qu’on est dans un système sociétal très proche du nôtre. Certains « travers » de notre système actuel ont été corrigés, pour aller dans le sens de plus d’équité. D’autres on été simplement un peu exacerbés. On est dans une société de surveillance, ou des « traceurs » sont implantés dans le corps des citoyens, avec une morale paradoxalement néo-communiste, à la Kallocaïne. On est aussi dans une société de consommation qui ne dit pas son nom. Une société de manipulations ou les mensonges, la propagande, la dissimulation, le détournement de vérités sont le quotidien du système. D’où une acceptation totale de ce fonctionnement par la population.

En fait, dans Le pays des loups on se trouve dans une société utopique, une société parfaite que seuls quelques marginaux rejettent. Une société où personne ne souhaite mettre en danger sa « zone de confort ». Finalement une société de zombies… Pourtant dans ce récit, certaines personnes s’éveillent et c’est à travers leurs yeux que l’on perçoit la réalité et que l’on découvre l’inévitable envers du décors.

« ce jour-là, quelque chose est mort à l’intérieur de moi. Tu te rappelles ce film (…) où un garçon mettait des lunettes magiques et voyait le monde rempli de fantômes et de fées ? C’est ce qui m’est arrivé, sauf qu’au lieu de fées, je voyais la pourriture et la décadence dans toute leur horreur. »

Le pays des Loups est une dystopie puissante, dans un futur proche organisé en société de surveillance consumériste. Elle se place dans la lignée de La Zone du Dehors d’A. Damasio dont elle a en commun certains aspects (terrorisme au sein d’une société dite « parfaite », marginaux vivants dans une « Zone » insalubre aux limites de la ville…) ou de Kallocaïne de K. Boye. Quelques fulgurances horrifiques dignes de Stephen King et de son Running Man procurent au lecteur sa dose d’électrochocs. Bien sûr on retrouve aussi dans une grande partie du livre une réflexion sur la fin de vie qui n’est pas sans évoquer le Soleil Vert de Harry Harrison.

Tünde Farrand réalise ici un ouvrage qui est à la fois un brûlot anti-consumériste, une mise en lumière des aberrations de notre système actuel et une réflexion sur la sauvagerie, la bestialité, le mépris et la cruauté de la nature humaine. Jusqu’où la société peut-elle aller ? Que sommes-nous prêts à croire, jusqu’où peut-aller notre aveuglement ? Voici une société en apparence parfaite mais ou la fracture sociale est extrême. Et lorsque tout semble trop parfait, ne dit-on pas qu’ il doit y avoir un loup… Comment l’élite pourrait-elle conserver son pouvoir malgré l’échec du capitalisme ?
En lisant Le pays des loups, je me suis demandé si ce récit était celui d’une dystopie post-capitaliste ou une allégorie de notre société actuelle … Une lecture puissante, fascinante, perturbante autant que jubilatoire !

« -Est-ce qu’on verra des loups ?
  – Peut-être bien. »

 

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Le pays des loups

Auteur : Tünde Farrand
Editeur : Anne Carrière
Collection : Roman
Format : 14×20,5
ISBN : 978-2843379604
358 pages
Année : 2019
Pays : Royaume-Uni
Titre original : Wolf Country (2018)
Traduction : Marie de Prémonville
Chroniqueur : Julien Amic

 

 

 

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Une chronique imprudente rédigée par Julien Amic

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