L'orphelin de Perdide - Stefan Wul - les maitres du Temps - René Laloux - les-carnets-dystopiques.fr

L’orphelin de Perdide – Stefan Wul

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L’orphelin de Perdide

L’orphelin de Perdide est un court roman de Stefan Wul publié en 1958. Cette histoire à la fois courte et à l’écriture agréable et poétique aborde le thème du paradoxe temporel, dans un style qui le rend accessible à tous, amateurs de science fiction ou pas. Classique parmi les classiques, il a été adapté en BD et en dessin animé, ce qui lui vaut parfois une réputation de « livre pour enfants » un peu réductrice. En réalité, si ce space opera est effectivement à recommander aux plus jeunes lecteurs, c’est surtout un « livre pour tous », un pièce maîtresse dans toutes les bibliothèques.

 

➡️ « L’orphelin de Perdide » – Stefan Wul – éditions Castelmore – 5,90€
➡️ « Stefan Wul – L’intégrale TOME 3 » – éditions Bragelonne – 25€
(N.B : Castelmore est spécialisée dans les livres… pour enfants ! Pour autant l’orphelin de Perdide n’est pas du tout réservé aux « jeunes » lecteurs, j’y reviendrai dans la dernière partie de cette chronique dans le paragraphe « les différentes éditions »)

Une chronique imprudente rédigée par Julien Amic

 

Un extrait de L’orphelin de Perdide

 

« Il l’aime comme une déesse, comme une femme hautaine et magnifique, perverse et cruelle, qui étale devant lui ses charmes, ses danses, le regard de ses lacs, fait tournoyer la chevelure de ses eaux, ondule ses courbes de montagnes, le grise de parfums… Et pourquoi ? Pour rien !… Une planète ne peut rien accorder à un homme… Une admiration éperdue que ne récompense aucune étreinte. »

 

Présentation de L’orphelin de Perdide

Un teaser pour vous donner envie…

(Si vous souhaitez en savoir le moins possible sur le livre, lisez seulement cette partie)

 

Nous sommes sur Perdide, une planète à la fois merveilleuse et infernale ou s’est installée une famille de colons, avec l’espoir d’y faire fortune.

Un homme paniqué et épuisé court avec son enfant. Celui-ci y voit un jeu, mais son père tente de fuir une menace invisible, un bourdonnement dans le lointain.
Il tente de rejoindre la forêt pour s’y abriter mais il est à bout de forces et seul le petit Claudi, âgé de quatre ans, parvient à l’orée des bois.

« Il pénétra sous le couvert des grands arbres qui escaladaient les collines. Dans la pénombre forestière, des fruits lumineux pendaient ici et là comme des lampions bariolés. le terrain s’élevait en pente douce. Un sable d’argent pur étincelait par endroits sur la mousse. »

Ainsi voilà le jeune garçon seul dans cet environnement inconnu, sans doute rempli de dangers effroyables. Mais son père lui a laissé un objet et lui a dit de toujours le garder, de toujours l’écouter, de toujours faire ce que dira l’objet car celui-ci sait beaucoup de choses. Il sait comment survivre dans la grande forêt.

Claudi s’endort sur des sables argentés puis, l’objet se met émettre un drôle de bruit :

« Ilouïlouïlouï… »
 

➡️ Acheter et lire « L’orphelin de Perdide » – Stefan Wul – éditions Castelmore – 5,90€
➡️ Acheter et lire « Stefan Wul – L’intégrale TOME 3 » – éditions Bragelonne – 25€

(La suite, sans révéler l’intrigue ni le dénouement, dévoile certaines parties du récit. Pour lire seulement l’analyse vous pouvez vous rendre directement ici )

 

Une voix à travers le sub-espace

L’histoire en détails 

 

L’homme qui court et use du jeu pour faire courir son fils, c’est Claude. Son enfant il l’a appelé comme lui, Claudi. Il semble s’être fait surprendre par un péril qui ne lui est pourtant pas inconnu, alors il court, il fuit vers les forêts qui paraissent être un abri contre cette menace qui grouille quelque part dans l’air lointain. Mais il est plutôt mal en point.

« Il avait l’air d’un ivrogne ou d’un épouvantail. Il tourna la tête vers le grand soleil rouge qui mourait au bord du monde. Son visage hirsute se colora de la lumière du couchant. Cette lumière sanglante accusa les méplats de ses joues barbues, fit miroiter une salive fiévreuse sur ses dents découvertes. Il cligna ses yeux cernés de mauve, tendit l’oreille…
Un bourdonnement sinistre paraissait naître de l’horizon même. »

Epuisé, il trouve le moyen d’envoyer son fils là bas, sous le couvert des arbres, et lui donne un émetteur, un « objet qui parle », après avoir envoyé à son ami Max un appel à l’aide. Mais celui-ci ne l’entend pas alors il laisse un message enregistré. Claudi disparaît dans les bois, s’endort sous les arbres, épuisé par sa course folle.

Quelque part dans l’espace, à bord d’un vaisseau de contrebande nommé « le Grand Max« , son capitaine éponyme reçoit finalement l’enregistrement. Il connait bien Perdide et comprend immédiatement ce qu’il s’est passé : Claude et son fils ont été attaqués par les frelons de Perdide, ils se sont laissé surprendre par leur arrivée.

« Les frelons de Perdide, ces insectes-monstres dont le vol nuptial couvrait tous les ans la planète d’un nuage dévastateur. C’est alors qu’il fallait s’enfermer chez soi pendant six mois. »

Max n’est pas seul dans son vaisseau, il transporte aussi Martin, un Prince déchu en fuite, et sa femme Belle.
Il sait qu’il n’a pas le choix et doit modifier sa trajectoire et sa destination pour atteindre au plus vite Perdide. Cela n’est pas du goût de Martin, personnage vil autant que méprisable, arrogant et condescendant, si sûr du pouvoir de son argent qui corrompt même les corrompus, les élites comme les contrebandiers.

Le vaisseau doit faire escale sur Devil-Ball, planète paradisiaque ou vit un vieil homme qui semble être son ami de toujours : Silbad.

« Voilà : c’était cela, Devil-Ball. Une terre étrange, hérissée de montagnes noires et luisantes sur un ciel d’émeraude, parsemée de lacs qui s’étageaient régulièrement comme des rizières, miroirs brisés aux flancs des hauteurs. Et les cent geysers qui soufflaient leurs gerbes multicolores sur la ligne d’horizon. »

Silbad a vécu sur Perdide dans sa jeunesse, il a quitté ses parents sans prévenir un beau jour, attiré par l’espace comme un marin par la mer. Navigateur invétéré, compagnon de route de Max et Claude, il a fini par s’installer ici sur cette planète merveilleuse.
Elle est si incroyable cette planète, qu’il en est tombé amoureux, littéralement.

« Il l’aime comme une déesse, comme une femme hautaine et magnifique, perverse et cruelle, qui étale devant lui ses charmes, ses danses, le regard de ses lacs, fait tournoyer la chevelure de ses eaux, ondule ses courbes de montagnes, le grise de parfums… Et pourquoi ? Pour rien !… Une planète ne peut rien accorder à un homme… Une admiration éperdue que ne récompense aucune étreinte. »

Alors il sait pour les frelons, pour les fruits qui calment et ceux qui tuent, pour le grand lac et ses dangers, pour les sarpiles au fond des grottes ou il ne faut pas entrer. Il connait Perdide comme sa poche. Là bas, les frelons lui ont ouvert le crâne et une plaque de métal brille sous son immuable casquette. Il a vu tout ce que Perdide peut offrir d’horreurs, et il décide de quitter pour un temps son paradis pour assister Max dans sa tâche, pour mener à bien le sauvetage du petit Claudi.

« Oui, mon vieux, les sarpiles lui étaient remontées dans les bras. (…) Un jour, on le voit tourner de l’oeil et tomber le nez dans l’herbe. Ses muscles avaient claqué comme des bulles et lâchaient des essaims de mouches vertes : des sarpiles adultes. Il est mort deux jours plus tard. Il en était pourri. »

Martin, personnage décidément bien antipathique, tente de faire capoter l’expédition en douce, puis essaiera même de s’échapper, entrainant Max et Silbad dans les déserts de Gamma 10, repaire de pirates ayant échoué leur navire ici…

Claudi ne donne plus signe de vie. Il ne répond plus à ce petit objet qui se fait appeler « Micro« , qui possède mille bouches et mille oreilles, des petits trous d’ou sortent des voix étonnantes qui lui disent ou aller, quoi manger, ce qu’il faut faire et ne pas faire. Micro parle dans le vide à présent. Il faut se dépêcher. Max le navigateur fait appel à toutes ses connaissances pour traverser l’espace le plus vite possible, car Claudi est en danger de mort.

« Il pestait contre son appareil qui, pourtant, filait à 95 pour cent de la vitesse de la lumière. Il rêvait à des engins sub-spaciens.(…)
– Tu me fais peur avec tes photons. Sais-tu que nous filons à 95 ?
– Dans trois jours, nous filerons à 99,9″

Le micro transmet la voix en utilisant le sub-espace, et permet de communiquer instantanément quelle que soit la distance. Mais le vaisseau a ses limites.

Alors, voyager si vite, presque à la vitesse de la lumière, leur permettra t-il d’arriver à temps ? Les frelons et les sarpiles sont-ils les plus grands des dangers ?
Peut-être que le voyage lui-même peut avoir des conséquences imprévues…

 

L’orphelin de Perdide, un classique universel

Analyse (sub)spatio-temporelle

 

Voilà donc un classique de la SF vintage, publié dans la collection « Anticipation » des éditions Fleuve noir en 1958, soit 47 ans après la publication de la théorie de la relativité restreinte d’Albert Einstein. C’est un roman court, 168 pages ; aujourd’hui on utiliserait sans doute le terme de « novella » pour définir ce type de récit à mi-chemin entre la nouvelle et le roman. Pierre Pairault, alias Stefan Wul a déjà publié l’année précédente « Niourk » et « Oms en série« ,  deux romans qui restent à ce jour les plus connus.

Je voudrais tout d’abord me pencher sur un trait particulier de ce livre, ou plutôt de son « exploitation » commerciale. En effet, l’Orphelin de Perdide, a été publié plusieurs fois en tant que roman, chez fleuve noir donc (dans plusieurs collections différents), mais aussi chez Denoël ou plus récemment au sein d’une intégrale de l’oeuvre de Stefan Wul (que je ne saurais trop conseiller ! tous les liens sont en fin d’article) chez Bragelonne.
Mais ce n’est pas tout, puisque ce livre a aussi fait l’objet de plusieurs adaptations : au cinéma, René Laloux et Moebius (rien que çà…) signent en 1981 « les Maîtres du Temps« , un dessin animé merveilleux et aujourd’hui malheureusement quasi introuvable, même si l’histoire a été considérablement remaniée et s’éloigne un peu de l’original.
En 2018 enfin sort l’adaptation en BD chez Comix Buro.
A n’en pas douter, l’adaptation en dessin animé a fait basculer ce livre dans la catégorie des livres pour enfant, ou à tout le moins de livre « qu’on peut faire lire à un enfant », ce qui se concrétise en 2015 par une édition chez Bragelonne dans la collection… « Lectures 8-12 ans » !

Pourtant, si la légèreté et la poésie indéniable de l’écriture, si la relative simplicité de l’intrigue, la brièveté du récit, et bien sûr la présence de personnages archétypaux (pour le coup, vraiment des personnages dessin animé japonais des années 80, ce qui sous ma plume n’a rien de péjoratif d’ailleurs, bien au contraire…) en font effectivement un livre que les plus jeunes lecteurs pourront sans aucun doute apprécier, la compréhension de cette oeuvre n’est absolument pas à la portée d’un élève d’école primaire… Ce qui n’est pas bien grave, parce que cela lui permettra d’éveiller sa curiosité envers la littérature SF mais aussi envers les lois de la physique qu’il abordera bientôt.
Alors oui, la version des éditions Castelmore est justifiée, ce livre peut tout à fait être conseillé pour éveiller l’intérêt des plus jeunes à la science fiction, à la science, la littérature, la poésie même, et pourquoi pas la philosophie !

« Etouffer de mon coeur les flammes excessives
Aux lentes pâmoisons de tes ondes lascives… »

Je reviens donc à mon analyse de lecteur > 12 ans… L’Orphelin de Perdide est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Il aborde rien de moins que le paradoxe des jumeaux (aussi connu sous le nom de paradoxe des horloges, clock paradox) de Paul Langevin (1911), et donc la relativité restreinte d’Einstein (1905), la géométrie de Minkowski (1908), voire le paradoxe du grand-père développé en 1944 par un autre auteur français, René Barjavel, dans son livre « Le voyageur imprudent« … Bref, de la physique de spécialiste que je suis moi-même bien loin de maitriser !

Ainsi l’Orphelin de Perdide mérite d’être lu et/ou relu. D’abord pour l’écriture de Stefan Wul, ses descriptions qui prêtent à la rêverie et l’ambiance quasi onirique qui nous imprègne à la lecture de ce cette novella. Et ensuite parce que l’Orphelin de Perdide est l’un des ouvrages SF de référence en matière de paradoxe temporel.
En effet son intrigue est basée sur la théorie de la relativité restreinte d’Einstein qui dit notamment (pardon pour les physiciens, je fais un résumé très simplifié) que lorsqu’on se déplace à des vitesses « relativistes » c’est à dire proches de la vitesse de la lumière (qui est en quelque sorte la vitesse « maximale » qui puisse être atteinte dans l’univers), l’écoulement du temps est modifié et passe « plus lentement ». Ainsi, Max prend un risque calculé car il sait qu’en allant trop vite il risque d’arriver trop tard (paradoxalement donc)… Deuxièmement, Max nous explique aussi que pour voyager plus vite, il doit emprunter une trajectoire plus longue, rejoignant en cela la géométrie de Minkowski dans laquelle le chemin le plus rapide n’est jamais le plus court.

« Il y a une espèce de permanence du passé… et de l’avenir.
Je devrais dire une immanence… Ah ! je ne sais plus ce que je dis. Tout est écrit, sans doute… »

J’ai également cité le « paradoxe du grand-père« , qui est une expérience de pensée littéraire et philosophique plus que scientifique puisqu’elle est liée au voyage temporel. Le paradoxe dit ceci : si je voyage dans le passé et que je tue accidentellement mon grand-père, alors je ne peux pas naître. Mais dans ce cas je ne peux pas non plus avoir voyagé dans le passé et avoir tué mon grand-père…
Je vous laisse découvrir tout seul en quoi l’Orphelin de Perdide évoque ce paradoxe-ci.

 

« Ilouïlouïlou…« 

 

Faites-moi part de vos avis en commentaire, si le coeur vous en dit. Liens vers les différentes versions en fin d’article.

 

L'orphelin de Perdide- Stefan Wul - Castelmore - les-carnets-dystopiques.fr
L’orphelin de Perdide

Auteur : Stefan Wul
Editeur : Castelmore (avril 2015)
Format : 11×17,8
ISBN : 978-2362311468
168 pages
Année : 1958
Pays : France
Chroniqueur : Julien Amic

 

 

 

 

 

Les différentes versions

Pour les enfants à partir de 8 ans ET pour les adultes
« L’orphelin de Perdide » – Stefan Wul – éditions Castelmore – 5,90€

Pour tout connaître de Stefan Wul (l’Orphelin de Perdide est dans le tome 3)
1️⃣« Stefan Wul – L’intégrale TOME 1 – éditions Bragelonne – 22€ »
2️⃣« Stefan Wul – L’intégrale TOME 2 – éditions Bragelonne – 22€ »
3️⃣« Stefan Wul – L’intégrale TOME 3 » – éditions Bragelonne – 25€
4️⃣« Stefan Wul – L’intégrale TOME 4 – éditions Bragelonne – 25€ »

Adaptation en BD (Tome 3 à paraître)
🖍« L’orphelin de Perdide TOME 1 : Claudi » – Comix Buro – 14,50€
🖌« L’orphelin de Perdide TOME 2 : Silbad – Comix Buro – 14,50€

Adaptation au cinéma
🎥« Les Maîtres du Temps – René Laloux – (occasion) à partir de 39,90€

Version utilisée dans cette chronique et utilisée en illustration
« Les Maîtres du Temps » – Fleuve noir (occasion) – à partir de 15€

 

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Une chronique imprudente rédigée par Julien Amic

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