Phare 23, Beacon 23, Hugh Howey, éditions Actes Sud 2016

Phare 23 – Hugh Howey

Phare 23, Beacon 23, Hugh Howey, éditions Actes Sud 2016
Phare 23 – Hugh Howey

Phare 23, le livre dont je vous parle aujourd’hui fait partie de ces ouvrages que j’ai du mal à classer.
Pas tant qu’il soit difficile de trouver le meilleur sous-genre dans lequel le positionner – en l’occurrence le « space opera » – mais parce que le ton général, l’atmosphère, et la réflexion profonde qui a amené l’auteur à écrire apportent un certain degré d’innovation et font du livre une pièce à part dans ma bibliothèque…

 

 

Un extrait de Phare 23…

 

« Je me tourne vers le hublot qui fait face à la ceinture d’astéroïdes – et vois une nouvelle étoile s’épanouir en une brève et abominable existence. Eclair aveuglant de lumière. Traînées de métal en fusion semblables à des météores. Nuage en expansion de guirlandes en titane. Astéroïdes qui tourbillonnent et se fracassent les uns contre les autres en se divisant en fragments plus petits. Une immense dévastation dans un silence total, un ballet macabre, un son et lumière sans le son. »

 

Phare 23, Hug Howey, Actes Sud
Phare 23, Hug Howey, Actes Sud

Auteur : Hugh Howey
Editeur : Actes Sud (2016)
Collection : Exofictions
Format : 13,5×21,5
ISBN :2330066325
240 pages
Année : 2015
Pays : Etats-Unis
Titre original : Beacon 23
Traduction : Estelle Roudet

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Une balise habitée aux confins de l’espace

 

Loin, aux confins du secteur 8, la NASA a placé une balise. Une parmi des centaines, des milliers peut-être. Une balise habitée par un vétéran, héros de la guerre interminable contre les Ryphs. D’après la NASA, les balises ne peuvent jamais tomber en panne, n’empêche qu’il faut tout de même qu’un opérateur en assure la maintenance. On se demande bien pourquoi. Le gardien d’ailleurs n’est pas dupe, il sent bien qu’il ne sert à rien.

C’est pourtant bien à sa demande qu’il a été affecté ici, suite à un profond besoin de solitude, pour expurger les démons qui le rongent, lui qui n’est pas bien certain de mériter les honneurs qui lui ont été faits, la médaille de laquelle on l’a décoré. Usurpateur peut-être, sans doute, car il n’a pas tout dit sur le jour ou il a survécu. Lui seul. Eventré par un Ryph, son abdomen conserve d’effroyables cicatrices que ses doigts palpent pensivement parfois, alors qu’il scrute le vide depuis les hublots du Phare 23.

Précisons que l’on ne doit pas dire « Phare », cela déplait fortement à la NASA. Ce n’est pas un phare mais une balise. Autrefois sur terre les phares étaient de hauts édifices érigés en pleine mer et qui signalaient aux navires les écueils dangereux. Pourtant dans l’espace aussi il y a des navires, ils croisent à 20 fois la vitesse de la lumière et ici, dans cette zone 23, c’est un champ d’astéroïdes qu’il faut baliser, pour éviter aux vaisseaux de se désintégrer, tuant instantanément tout leur équipage, tous les passagers.

Pourtant, les similitudes sont légion. Hormis les cailloux qui flottent dans le vide au lieu d’émerger à la surface des flots, il y a ici des naufrageurs et des pilleurs d’épave… Et le faisceau lumineux est remplacé par un émetteur d’ondes nommé EOG, dont il serait catastrophique qu’il tombe en panne. Mais c’est impossible. Ou peut-être que si ?

« Les pannes d’EOG ne peuvent pas arriver. Les systèmes de secours ont des systèmes de secours qui ont des systèmes de secours. Tout est incestueux dans les entrailles de la balise 23, moi je vous le dis.(…) Une fois, un intello de la NASA a calculé les probabilités. Elles étaient très faibles. Ceci dit, la semaine passée, il y avait 1527 balises GALSAT en activité dans la voie lactée. Alors à mon avis, les chances que quelqu’un ait un problème ne cessent d’augmenter.(…) En ce moment ce quelqu’un, ça doit être moi. »

Seul dans son phare, le gardien se souvient. En général, les soldats ne survivent pas. Pas longtemps. Alors ils refusent de regarder les nouveaux, ils refusent l’amitié d’un homme ou d’une femme dont on sait qu’il ou elle ne va pas tarder à éclater en dispersant son sang et ses entrailles sur votre gueule l’instant ou le jour d’après. On se bat, voilà tout, c’est d’ailleurs bien moins pénible d’être au combat que d’attendre le début de l’assaut, rongé par une anxiété abominable.

Alors quand on lui a laissé le choix eu égard à ses faits d’armes le héros a demandé à être affecté loin, au milieu de rien, à faire un boulot solitaire et inutile. Là au moins il est seul. La tête posée sur l’EOG, il profite des radiations de celui-ci. Elles le font planer comme un junkie halluciné. Il parait qu’il ne faut pas trop s’en approcher, ce serait mauvais toutes ces radiations, ça ferait « de drôles de trucs dans le cerveau« .

Est-ce qu’il perd un peu la tête ? Aucune idée.

En tous cas, la solitude ne va pas durer. Le gardien va recevoir de la visite. D’anciennes connaissances, des chasseurs de prime… Bientôt peut-être un voisin. Il y aura d’abord Rocky (qui mérite à lui seul la lecture de ce livre, je vous laisse la joie de découvrir ce chapitre surréaliste intitulé « cailloux domestiques« …), ensuite viendra Scarlett, ancienne conquête rebelle et dissidente qui semble un peu illuminée, puis Cricket le « warthen » et enfin Claire l’accordeuse de la balise 1529.
Plus quelques rencontres avec des personnages improbables qui émergent dans le récit et illuminent de leur présence colorée la monochromie de l’ambiance solitaire de la balise 23.

Le passage souvent furtif de ces visiteurs met surtout en évidence la grande solitude de l’espace. Là dehors il n’y a guère que des cailloux qui flottent dans le vide.
La guerre est loin, elle semble presque avoir disparu.
Presque…

Se pourrait-il que cette guerre finisse par rattraper le gardien du Phare 23 ? Se pourrait-il que son passé couard finisse par se rappeler à lui de la plus improbable des manières? Ce militaire au rancart, gardien inutile d’une balise automatique, traumatisé de guerre, accro à l’EOG et à moitié déjanté, qui parfois perd pied avec la réalité, se pourrait-il que de lui dépende bien plus qu’une simple balise…

C’est une dernière rencontre bien inattendue qui le dira.

 

Space opera à huis-clos et utopie furtive

 

Hugh Howey écrit ici un huis clos spatial. Toute l’action, mis à part une poignée de séquences dont la plupart sont des « flashbacks » du héros, se situe à l’intérieur du « Phare 23 », sorte de mini station spatiale en faction devant un champ d’astéroïdes.

La narration se fait sur un seul plan. Pas de multiples récits croisés et pas de risque de se perdre dans une structure complexe. C’est un roman « en ligne droite », propice à une montée du suspense. Le genre d’histoire ou on a toujours envie de savoir la suite, de tourner la prochaine page, de commencer le chapitre suivant. De le finir et de recommencer. Le livre est prenant. Il se lit d’une seule traite.

Les atmosphères changent. On est plusieurs fois pris par surprise lorsque le ton se modifie. Une mention spéciale pour la rencontre avec un alien « minéral », ou l’absurdité de la situation, très finement menée par l’auteur, attirera sur vous les regards lorsque vous éclaterez de rire bêtement devant votre livre… A ne pas lire n’importe ou donc !

Nombreux sont les sentiments présents chez cet anti-héros, vétéran anonyme (au sens littéral, l’auteur ne lui donne volontairement pas de nom) qui alterne la mélancolie amoureuse, la psychose post-traumatique, les pulsions auto-destructrices, la maladresse sentimentale et l’héroïsme contre-nature.

« Je n’ai pas demandé qu’on me déchire l’âme en deux, ni le ventre, ni ma putain de vie. Je n’ai rien voulu de tout çà. Mais j’y ai quand même eu droit. »

L’action se déroule au XXIIIe siècle, avec en toile de fond un guerre interstellaire entre les Humains et les Ryphs. Deux civilisations aux technologies comparables, si bien que le conflit semble voué à s’éterniser. Difficile d’y entrevoir une issue, sauf à ce que l’un des deux camps finisse par exterminer totalement son adversaire, ce qui semble difficilement concevable dans l’immensité de la voie lactée, champ de bataille aux dimensions titanesques et quasi infinies.

Mais ce n’est pas là un space opera au sens classique du terme, car les Aliens, s’ils sont évoqués, n’apparaissent que très peu dans le récit. Notons qu’il est aussi question d’autres espèces et… d’une espèce animale. Ceci est à ce point rare dans l’univers de la science fiction qu’il me semble indispensable de le signaler et de l’évoquer dans cette chronique :

« Elle ressemble à un croisement de labrador et de léopard et possède un tempérament aussi incontrôlable que ces deux opposés.(…) Je suis pratiquement sûr que les warthens ressentent de l’empathie, qu’ils perçoivent les humeurs et même certaines pensées. »

En effet, un des personnages principaux est un « warthen« , sorte de fauve d’une extrême empathie, à la fois prédateur redoutable et animal de compagnie on ne peut plus affectueux, envahissant même.
Les animaux sont bien rares dans la SF. Si on prend par exemple l’oeuvre monumentale qu’est le cycle de Fondation d’Isaac Asimov, et même l’oeuvre tout entière d’Asimov, on ne trouve pas un seul animal alien. Bien souvent les formes de vie extra-terrestres sont des espèces intelligentes et « civilisées » (au sens ou elles ont une civilisation et une technologie), ou bien des créatures simplistes insectiformes. Le warthen, s’il n’est pas l’élément principal du récit (mais il a tout de même sa place dans la compréhension générale de la psychologie du roman), est l’une des grandes joies de ce livre.

Au delà de tout cela, ce qui fait la grande qualité de Phare 23, c’est l’intention de l’auteur. C’est un intention qui relève de l’Utopie. L’univers, la société, les personnages, l’histoire elle même relève sans conteste du space opera ; la psychologie des personnages (y compris celle du personnage principal, passablement perturbé par son stress post-traumatique) ne relève pas de la dystopie. On n’est pas non plus dans un univers si différent du nôtre que la culture, les comportements, les modes de réflexions se devraient d’être travaillés pour « s’adapter » à cet univers. En fait, on est dans notre univers actuel. C’est notre XXIe siècle qui plane toujours, avec l’analogie entre la balise 23 et le phare de la Jument qui est faite en début d’ouvrage, avec la NASA et le niveau de technologie général. La seule différence réside dans les voyages interstellaires ( à 20 fois la vitesse de la lumière, on est pas non plus dans la hard science…) et l’existence de formes de vie extra-terrestres.

Mais il est clair que le fondement du récit est une idée qui relève de l’Utopie. Une utopie qui n’est donc pas « sociétale ».

En réalité, cette utopie, qui se dévoile lentement et avec une grande subtilité au fil des pages et des rencontres du gardien de phare anonyme, est une utopie psychologique.

La question n’est pas de savoir comment serait le monde si la société fonctionnait différemment. La question est de savoir comment serait le monde si les hommes vivaient différemment leur relation aux autres. Comment ? Je vous laisse le découvrir dans les dernières pages…

 

Phare 23, Hug Howey, Actes Sud
Phare 23, Hug Howey, Actes Sud

Auteur : Hugh Howey
Editeur : Actes Sud (2016)
Collection : Exofictions
Format : 13,5×21,5
ISBN :2330066325
240 pages
Année : 2015
Pays : Etats-Unis
Titre original : Beacon 23
Traduction : Estelle Roudet

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Une chronique imprudente rédigée par Julien Amic

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