Ce qu’il advint du Reich de mille ans est un ensemble de trois novellas de Jean-Pierre Andrevon et bruno Pochesci. L’ouvrage a été publié en octobre 2024 aux éditions Flatland, dans la collection La fabrique d’horizons.

Cette critique a été initialement publiée en juillet 2024 dans le numéro 117 de la revue Bifrost, consacré à James Harlan Ellison.

☆ Ce qu’il advint du Reich de mille ans

Cela a-t-il encore un intérêt de se lancer dans l’exercice périlleux de l’uchronie nazie depuis que Philip K. Dick a écrit Le Maître du Haut Château ? Jean-Pierre Andrevon lui-même pose la question – et y répond – dans l’avant-propos qu’il est ainsi impératif de lire. En tous les cas, voilà un recueil qui nous force à nous replonger dans l’histoire, et qui contribuera à nous éviter tout « décrochage mémoriel » intempestif, selon l’expression utilisée ici par Bruno Pochesci.

« Nazisme : les années américaines » est signé Jean-Pierre Andrevon. Le Führer n’est pas mort et il s’est exilé à New York, dans une Amérique maccarthyste qui pourrait bien se révéler réceptive à un certain national-suprémacisme WASP. Il y rédige Mein Neuer Kampf sous l’œil bienveillant d’un J. Edgar Hoover obsédé par l’ennemi (commun) soviétique et songe désormais à la Présidence…

La structure du récit est très particulière, faite d’une succession d’extraits des journaux intimes de sommités nazies parmi lesquelles figure ledit Adolf. Les polices scripts utilisées différent d’un protagoniste à l’autre et des coupures de presse ponctuent le récit, certaines étant authentiques et d’autres plus ou moins subtilement modifiées (on reconnaitra par exemple la Une figurant l’assassinat de Kennedy modifiée pour figurer l’assassinat uchronique d’Eisenhower). Ce procédé pour le moins déroutant suggère habilement que la ligne s’avère parfois tenue entre la réalité et la (science-)fiction.

Au final cette Amérique nazifiée se révèle terriblement crédible, et c’est assez fascinant… est-ce le fait du génie d’Andrevon, ou est-ce dû à l’extrême-droitisation du monde actuel qui rend la suspension d’incrédulité plus aisée qu’elle ne devrait ? Un peu des deux sans doute, et ce récit est quoi qu’il en soit une belle réussite.

 

« L’anniversaire du Reich de mille ans » est quant à lui une réédition d’un texte publié en 1984 chez Présence du futur puis en 2013 chez Bélial’. Il s’agit d’une uchronie futuriste qui se déroule le jour du millième anniversaire du IIIe Reich, alors qu’un vent de poussières se met soudain à souffler sur le monde. Ce récit très allégorique est celui d’un rêve de fer national-socialiste prenant peu à peu la forme de ce qui pourrait être le pire cauchemar d’Hitler. Il offre au lecteur une dernière page d’une grande poésie où la portée réelle du Mal sera réduite à bien peu de choses… Belle performance que de produire un conte futuriste empreint de merveilleux autour d’un sujet pourtant si nauséabond.

 

« L’avenir derrière soi » est le troisième et dernier récit de ce recueil, rédigé par feu Bruno Pochesci, décédé le jour même où le livre sortait des presses…

Et si Israël inventait une machine à voyager dans le temps ? On imagine bien l’usage qui pourrait en être fait, mais qu’elles en seraient les conséquences réelles ? Pas si simple… entre paradoxe du grand-père et résilience du Mal, les expéditions sont couronnées d’échec. C’est donc à une IA surpuissante, ayant atteint le point de Singularité, que va être confié le calcul des actions stratégiques à mettre en œuvre dans le passé pour aboutir à un monde présent débarrassé du poids de la Shoah. L’IA cependant ne sera pas infaillible…

Ce time opera choral est d’approche plus délicate que les récits d’Andrevon. Sa lecture est plus ardue et l’écriture est incisive, brutale et parfois violente, plus moderne, plus rapide et moins consensuelle. Le rythme saccadé et le foisonnement d’idées peuvent parfois dérouter et submerger le lecteur mais confèrent au récit une ambiance oppressante et une sensation d’urgence qui collent bien à la thématique. Le dénouement a quelque chose de vertigineux qui repense intelligemment la notion de paradoxe temporel et justifie à lui seul la lecture de ce texte saisissant.

Ce qu’il advint du Reich de mille ans, ce sont donc trois récits très différents, sociopolitique, poétique-onirique ou spatiotemporel, qui s’attaquent avec témérité au sujet le plus délicat qui soit, et qui s’en sortent plutôt très bien. À lire.

« Ce qu’il advint du Reich de mille ans » sur le site de l’éditeur – Andrevon & Pochesci – 15€

Une chronique rédigée par Julien Amic
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☆ Caractéristiques du livre

Ce qu'il advint du Reich de mille ans - Jean Pierre Andrevon Bruno Pochesci – Julien Amic
Ce qu’il advint du Reich de mille ans

Auteur : Jean-Pierre Andrevon & Bruno Pochesci
Editeur : Flatland
Collection : rechute
Format : GdF
180 pages
Parution : 2024

Pays : France

 

 

 

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