
Et il n’en resta plus que (n-1) est une nouvelle de l’autrice américaine (USA) Sarah Pinsker, originellement publiée en 2017 sous le titre And Then There Were (N-One). L’ouvrage dont il est question ici est paru en septembre 2025 aux éditions de L’Œil d’Or, dans la collection Angle mort. La traduction ainsi que la postface sont de Julien Wacquez.
☆ Et il n’en resta plus que (n-1) – Sarah Pinsker
Un congrès d’un genre inédit est organisé, regroupant un ensemble de personnes liées par un point commun très particulier : ce sont toutes des Sarah Pinsker ! Car le congrès en question, fort logiquement dénommé « SarahCon », est une réunion d’un échantillon non exhaustif de personnes identiques (enfin pas vraiment du coup) mais issues d’un certain nombre d’univers parallèles. Pourquoi des Sarah Pinsker ? Et bien parce que, quelque part, l’une de ces Sarah de l’un de ces univers, quantologiste de profession, a découvert une méthode pour passer d’un univers à l’autre. Belle idée que ce vertigineux entre-soi(s) collectif , et tout pourrait alors être pour le mieux dans le meilleur des multivers sauf que… l’une des Sarah est retrouvée morte, possiblement assassinée. Diantre ! Mais qui va mener l’enquête ? Sarah Pinsker bien sûr…
Or donc avant de parler davantage du livre, il faut noter que Et il n’en resta plus que (n-1) est le deuxième opus publié dans la collection Angle mort – le premier étant Multiversalités, dont il sera question un peu plus bas – et qu’il se place dans la continuité directe du premier. C’est un bonus en quelque sorte… mais un bonus auquel il a été pertinent à mon sens d’octroyer une place à part en l’éditant en mode solo. Je pourrais m’attarder longtemps sur les détails de l’intrigue et les multiples questions soulevées par l’auteur – puis-je me tuer moi-même ? Quel est l’intérêt de faire un choix si un autre univers se met en place avec chacune des alternatives ? Pourquoi je suis pas l’autre moi qui est mieux que moi ? Si je crée un nouveau « moi d’après », est-ce que ce « moi d’après » a un « mois d’avant » différent de celui d’avant le « moi d’après » (et vice versa) ? La Sarah Pinsker qui a écrit ce livre est-elle l’une de celles invitées à la SarahCon ? Qui suis-je, où vais-je, dans quel état j’erre ? Qui sont ces personnes en blouse blanche autour de moi ? etc – et qui triturent par ailleurs délicieusement le cerveau du lecteur, mais je n’en ferai rien… Ce que j’ai plutôt envie de dire, c’est que ce texte renoue avec l’essence même de la SF des premiers temps des Pulp américains – époque où les textes produits fondaient leur intrigue sur une hypopthèse scientifique ayant des implications socio-cognitives suffisamment perturbantes pour happer le lecteur dès la première page –, et ça, ça fait du bien !
Car beaucoup de récits de SF sont publiés depuis quelques années, beaucoup trop diront certains, et l’on trouve dans cette production foisonnante de nombreux textes qui délaissent l’écriture et le développement du récit au profit (au mieux) d’un dénouement sense of wonder qui tente tout de même de justifier (ouf) les 500 pages soporifiques que l’on vient de se coltiner, ou (au pire) au profit d’un engagement socio-politique et/ou environnemental qui, s’il est respectable en soi (la plupart du temps), oublie trop souvent de faire preuve d’originalité, de créativité, d’imagination et.. de qualité tout simplement.
Ici cependant, fi ! Sarah Pinsker (la vraie, enfin celle qui a écrit le livre) nous livre une nouvelle qui nous étreint donc dès l’entame, ne nous lâche plus jusqu’à la fin, et dont l’intrigue périlleuse s’avère être d’une cohérence totale. Les caractères des personnages sont remarquablement développés malgré la longueur réduite de l’ensemble (moins de 100 pages), l’écriture est agréable, la progression du récit est bien menée et, même si le dénouement m’a personnellement un peu laissé sur ma faim (ce qui d’ailleurs était souvent le cas dans les oeuvres SF des années 30 mentionnées plus haut), ce n’est pas très grave, car ce n’est pas l’essentiel ici. Car en vérité je vous le dis Et il n’en resta que (n-1) est un excellent récit de science-fiction, l’un des meilleurs que j’ai lu ces dernières années, du genre qui figurera sans aucun doute dans les anthologies SF du siècle prochain où de l’une de nos plus proches dimensions parallèles (qui sait ?). À lire absolument donc !
☆ Un mot sur Multiversalités – Angle mort
Comme je l’ai dit un peu plus haut, Multiversalités est la première publication de la collection Angle mort, et le livre de Sarah Pinsker en est une excroissance en quelque sorte… Alors si Et il n’en resta plus que (n-1) vous a plu, et/ou que le thème du multiversalisme vous passionne, ruez vous sur Multiversalités !
Pêle-mêle vous y trouverez d’excellentes nouvelles de Larry Niven, James Patrick Kelly, Lettie Prell ou Eric Brown (mention spéciale pour celle-là), une pépite patrimoniale signée Philip K. Dick (je n’en dirai pas plus, surprise !), et une poignée de textes de non-fiction passionnants traitant du thème du multiversalisme. Seul la nouvelle de Akaliza Keza Ntwari m’a laissée un peu dubitatif, en raison notamment d’un « rythme » particulier qui m’a semblé difficile à suivre. Enfin l’introduction de Julien Wacquez, par ailleurs disponible ici, propose un point de vue intéressant sur la place de la SF dans (hors de ?) la littérature et sur le concept de multiversalisme.
En conclusion une chose est sûre, cette collection Angle mort mérite qu’on la surveille de près : une nouvelle publication intitulée « Autres Terrestres » est d’ailleurs prévue pour 2026… Youpi.
✯ « Et il n’en resta plus que (n-1) » sur le site de l’éditeur – Sarah Pinsker – 15€
✯ « Multiversalités » sur le site de l’éditeur – 20€
Une chronique rédigée par Julien Amic…
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